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L'épisiotomie : mutilation génitale autorisée Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Martine Laganier   
20-10-2005
L’épisiotomie de routine est un acte chirurgical inutile et dangereux pour la santé.

Article paru dans le journal ALTERNATIVE SANTE n°322 mai 2005 en page 9 et publié sur notre site avec l'aimable autorisation de Martine Laganier.

En France, mettre un enfant au monde n’est plus un acte naturel…mais médical. Cette médicalisation de l’accouchement a autorisé sur le corps des femmes des actes routiniers et cruels (1), en particulier celui de l’épisiotomie. Cela consiste en un grand coup de ciseaux dans le périnée (muscle qui soutient et entoure les organes génitaux et urinaires) afin d’éviter sa déchirure et de faciliter_prétend-t-on_l’expulsion du bébé. Cet acte est parfois source de grandes souffrances, il est qualifié par certaines de mutilation génitale. Alors que de nombreuses études scientifiques (2) réalisées depuis plus de 30 ans ont montré…son inutilité, voire sa nocivité, l’épisiotomie est encore largement pratiquée en France. Le collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane) (lire encadré page10), a décidé de se mobiliser et de sensibiliser le grand public.
Selon les médecins, l’épisiotomie est un moindre mal… Elle permet d’éviter une déchirure du périnée jusqu’à l’anus, elle est indolore (le coup de ciseaux est donné au moment d’une contraction), enfin la suture se fait sous anesthésie locale et si la cicatrice se révèle un douloureuse les premiers jours, cela s’arrange rapidement… On voit que la plupart de ceux qui font ce geste ne sont pas ceux qui assurent le suivi après la naissance et le soulagement des souffrances ! En 1985, nous écrivions déjà que « La palme des interventions revient à l’épisiotomie : 22,4% en 1973, 38% aujourd’hui » (n°97). Cela nous semblait beaucoup. Or, aujourd’hui, ce taux est voisin de 50% et il existe des maternités, comme celle de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, où l’on dépasse les 70% ! Selon la dernière enquête périnatale (DGS-Inserm de 1998) le taux d’épisiotomies en France est de 71,3% pour les femmes primipares (le premier enfant) et de 36,2% pour les multipares (3).
De tels pourcentages montrent qu’il ne s’agit plus d’un geste médical nécessaire répondant à une urgence mais d’un acte de routine ! En Europe, la France est en tête. Suivent l’Allemagne : 45% d’épisiotomies, le Royaume-Uni : 13%, la Suède : 6%. L’OMS fixe à 20% la limite à ne pas dépasser.
Selon l’Alliance francophone pour l’Accouchement respecté (Afar), membre du Ciane, près de soixante-dix études prouvent que l’épisiotomie n’est pas justifiée médicalement : « Bien au contraire, elle provoque (en fragilisant le périnée) des déchirures du 3e degré, voire du 4e degré (qu’elle ne prévient donc pas !), des fistules vagino-anales, des incontinences urinaires et fécales, une perte sanguine parfois supérieure à celle provoquée par une césarienne ! La cicatrice, douloureuse pendant longtemps, doit parfois être traitée chirurgicalement. Elle altère le schéma corporel, provoque honte et culpabilité. Imaginez une femme orientant à l’aide d’un doigt dans son vagin, la selle qui se coince dans la fistule… Elle aggrave les hémorroïdes en modifiant la circulation locale (surtout la lymphe) et crée des oedèmes. La vie sexuelle ne sera plus jamais pareille, les sensations pourront être réduites, beaucoup de femmes souffrent de dyspareunies (4). » Ce sont en fait, le déclenchement artificiel de l’accouchement, l’immobilisation des femmes en position couchée (plus pratique pour le médecin), la péridurale, les ocytocines (médicament pour accélérer les contractions) et l’extraction aux forceps (sorte de grande pince destinée à saisir la tête de l’enfant) qui sont les causes principales des déchirures graves que l’épisiotomie est supposée prévenir !

Les actions

En 2004, lors de la Semaine mondiale pour l’accouchement respecté, l’Afar avait lancé une première campagne afin d’amener à une prise de conscience. Un collectif Episiotomie avait été constitué et une réflexion entamée sur la possibilité d’engager une procédure judiciaire. Selon Bernard Bel, secrétaire de l’Afar : « plusieurs dossiers sont à l’étude, mais la suite dépend principalement de la détermination des parents à engager le processus. »
En 2005, le Ciane relance une démarche de sensibilisation. Selon Gilles Gaebel, l’un de ses memebres : « Nous engageons une action vers les professionnels de santé à travers un questionnaire, envoyé dans toutes les écoles de sages-femmes, afin de porter à leur connaissance l’existence de nos préoccupations concernant la protection du périnée féminin… Par ailleurs, en concertation avec des professionnels, nous avons déposé une saisine auprès de l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes), en juillet 2004, en vue de la rédaction d’une Recommandation de pratique clinique (RPC) concernant l’épisiotomie. Le conseil scientifique de l’Anaes s’appuiera sur le dossier réalisé par l’Afar à partir de sa base de données. Ce dossier devrait être bouclé dans les mois qui viennent. Par ailleurs nous avons décidé une offensive médiatique. Enfin, la mise en place d’un fonds de soutien pour d’éventuelles procédures judiciaires. Et, si c’est nécessaire, nous défilerons devant les maternités où le nombre d’épisiotomie est scandaleux ! »

Si on veut éviter l’épisiotomie, on peut faire inscrire ce refus dans son dossier médical. Il est surtout prudent de bien choisir son lieu d’accouchement et de se mettre d’accord avec l’équipe soignante. En lui proposant par exemple, un projet de naissance dans lequel on aura consignée avant le grand jour tout ce que l’on souhaite.


MARTINE LAGANIER

(1) Le 28 mai aura lieu une journée internationale d’action pour la santé des femmes : « la violence contre les femmes, finissons-en ! » Info : www.wgnrr.nl
(2) Les résultats de la première grande étude épidémiologique sont parus en 1984 dans le British Medical Journal et concluent qu’il n’y a aucun bénéfice à pratiquer l’épisiotomie de façon systématique, ni pour le nouveau-né, ni en matière de prévention des déchirures périnéales graves.
(3) www.sante.gouv.fr
(4) Douleurs lors des rapports sexuels.


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REDONNER CONFIANCE AUX FEMMES

L’Alliance francophone pour l’accouchement respecté (Afar)

Née en mai 2003, l’Afar rassemble des personnes et des associations de soutien et d’information pour la naissance respectée. Elle est affiliée à l’Association pour l’amélioration des services de maternité au Royaume-Uni (AIMS). Elle organise la Semaine mondiale pour l’accouchement respecté (Smar), qui a lieu cette année du 23 au 29 mai 2005, avec pour thème « les positions d’accouchement : acteurs et metteurs en scène, respect des choix… ». L’objectif de cette initiative internationale est de dire non à la culture du risque obstétrical. Il s’agit ainsi de redonner confiance aux femmes dans leur capacité d’accoucher tout simplement et d’encourager les positions qui permettent de minimiser à la fois la douleur et les risques.
Toutes les associations et personnes intéressées peuvent échanger sur ce thème sur la liste Re-Co-naissance : http://fr.groups.yahoo.com/group/Re-Co-naissance.
Site internet : www.afar.info Contact : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

 

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POUR AGIR

Le Ciane

Né en juin 2003, lors des Etats généraux de la naissance, le Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane) a pour objectif l’amélioration des conditions de la naissance. Il rassemble plus de 44 associations et groupes et souhaite faire entendre son point de vue partout : dans les maternités, auprès des réseaux périnataux, dans les commissions régionales de la naissance, au ministère de laSanté et auprès des parents et futurs parents eux-mêmes. M. L.

http://naissance.ws/CIANE:
courriel :
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