Voici notre réaction suite au journal de la santé du 16 novembre 2005, journal dans lequel la "question du jour" concernait l’incontinence urinaire d’effort après l’accouchement.
Ce courrier à été envoyé par courrier avec AR au journal de la santé et au médecin concerné.
(voir à la fin de l'article, après les références, l'url d'une interview donnée par le dr. Cymes au "Tocsin" ... ah la théorie et la pratique ... !!!)
Bonjour,
Permettez-moi de nous présenter. Nous sommes un groupe de personnes, femmes et hommes, qui militons activement contre la pratique de l’épisiotomie en France, hors ses indications médicales avérées (lesquelles sont très rares dans les conditions d’un accouchement physiologique respectant les besoins de la femme en travail et du fœtus), et pour que soit prise en compte de façon globale la protection du périnée lors de l’accouchement.
A ce titre, certain(e)s d’entre nous sont actif(ve)s au sein du CIANE (Collectif Inter Associatif autour de la NaissancE) (1), d’autres au sein de l’AFAR (Alliance Francophone pour un Accouchement Respecté) (2), d’autres oeuvrent sur le site Episiotomie Info (3), d’autres ont créé et animent des listes de discussion(4). D’autres enfin relèvent ici et là les contrevérités et mensonges dans les médias, presse et télévision (5).
Nous avons enregistré et regardé avec beaucoup d’attention votre émission du 16 novembre 2005, et plus spécifiquement la «question du jour » consacrée à l’incontinence urinaire d’effort après l’accouchement. Nous avions d’ailleurs posé certaines questions, qui ont été toutes ignorées (alors qu’elles touchaient aux véritables causes de l’incontinence urinaire d’effort), sauf une. Et la réponse à cette question, donnée par le Dr. Verdys, nous a atterrés.
Pour mémoire, voici l’extrait retranscrit scrupuleusement, dans son contexte :
« JOURNAL DE LA SANTE : le mercredi 16 novembre 2005 M = Marina Carrère d'Encausse MC = Michel Cymes DR = Docteur Marie-Thérèse Verdys
Présentation : « L'incontinence touche trois millions de personnes en France, ce sont les femmes qui payent le plus lourd tribut d'abord pour une raison physiologique, c'est que les muscles du périnée chez la femme sont moins résistants que chez l'homme. Différents facteurs peuvent entraîner une incontinence urinaire qui survient souvent entre 45 et 65 ans mais plus jeunes au cours de la grossesse et après l'accouchement les femmes peuvent être également sujettes à ce qui peut être un simple désagrément ou un véritable handicap. 10% des femmes conservent une incontinence après la grossesse. La prise de poids, les changements de l'utérus, la fragilisation des muscles du périnée pendant l'accouchement sont autant de facteurs de risques, quelle prévention, quels traitements ? Nous allons voir ça avec le docteur Marie-Thérèse Verdys. »
M Docteur Verdys bonjour
DR Bonjour
M Vous êtes gynécologue obstétricien. En fait on le sait peu mais l'incontinence peut toucher les femmes jeunes c'est vrai après les grossesses, on va revenir ensuite aux mécanismes et aux traitements, on va juste écouter le témoignage de Sylvie recueilli par..... "J'ai passé une grossesse sans difficulté, un accouchement très agréable. Tristan est né à 2kg 900 et 49 cm donc ça n'a pas nécessité d'épisiotomie ni même de césarienne. Au retour à la maison peut-être qu'on devient plus mobile, debout avec plus d'activités on se rend compte qu'on a quelques fuites urinaires. On peut avoir des fuites à tout moment bon une envie d'uriner un peu urgente ou alors un éternuement, un éclat de rire peuvent provoquer des fuites urinaires. Je ne me suis pas retrouvée en difficulté en promenant Tristan, je ne connais pas cette situation. Je pense que je ne la connaîtrai pas comme j'ai commencé les séances de kiné, j'en ai fait deux pour le moment. Je ne sens pas le résultat actuellement, d'ici 3 ou 4 séances ça va commencer à se ressentir"
MC Voilà on va répondre aux questions des téléspectateurs. "A quoi sont dus les problèmes d'incontinences urinaires après une grossesse ? Les explications pathologiques, médicales...
DR Et bien pendant la grossesse, il y a beaucoup de transformations au niveau du périnée et les difficultés qu'elles éprouvent et les incontinences qu'elle éprouvent les jeunes patientes après leur accouchement sont liées justement à l'accouchement, à la distension du périnée par le mobile foetal, la tête foetale pendant l'accouchement. Tous ces muscles qui soutiennent le périnée vont être terriblement distendus et ensuite les fuites urinaires peuvent apparaître.
M On nous demande si la pratique des forceps et l'épisiotomie augmente ou pas le risque et notamment on demande pourquoi leur pratique est si fréquente. On sait que par exemple l'épisiotomie a été faite à une époque pour protéger à priori cette région, qui est une notion assez contestée aujourd'hui.
DR De même que des forceps peuvent ne pas être traumatisants. Bien sûr maintenant nous ne sommes plus à une époque où on fait des forceps je dirais sportifs, quand un bébé ne peut pas passer par les voies naturelles, même en fin de travail à dilatation complète on peut toujours faire une césarienne. Donc un forceps si il est fait simplement pour diriger la tête foetale, l'orienter peut ne pas être traumatisant. Si c'est un forceps difficile il risque d'être très délabrant pour les tissus et les muscles du périnée.
M Et la pratique de l'épisiotomie ça protège plutôt ou ça lèse plutôt?
DR Alors ça c'est une discussion actuelle puisque pendant tout un temps comme vous l'avez dit on pensait que cette épisiotomie protégeait des incontinences ultérieures et maintenant on revient un petit peu sur cette pratique en disant : bon peut-être que si une épisiotomie n'est pas très bien reconstituée elle peut être plus traumatisante qu'utile. Mais ceci dit il vaut mieux faire une épisiotomie (M à ce niveau de la phrase dit la même chose que DR) que d'avoir une déchirure vaginale qui va toucher le sphincter anal.
MC "Enceinte de mon deuxième enfant, je souffre d'incontinence à chaque éternuement. Que faire après la naissance?"Isa 37 ans
…/… »
Beaucoup de choses sont à reprendre dans ces phrases.
La pratique actuelle de l’épisiotomie n’est pas en discussion : les études médicales randomisées ou non prouvent depuis 20 ans (6) que la pratique de l’épisiotomie apporte beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages (hors ses rares indications médicales avérées). Malheureusement, les praticiens français de la naissance ne semblent pas lire ces études dont les premières datent des années 1980, ne connaissent pas plus les recommandations de l’OMS (8) à ce sujet, qui datent de la même période, ne semblent pas au courant de la pratique actuelle de la médecine factuelle (evidence based medicine) (7) - pratique pragmatique et concrète basée sur ces études, que les pays anglo-saxons et certains pays européens - Allemagne, Pays Bas ... - utilisent.
. Il est toujours enseigné que l’épisiotomie protège le périnée contre le prolapsus, les incontinences et les déchirures graves du périnée. . En France, il est toujours pratiqué près de 70% d’épisiotomie sur les femmes qui accouchent pour la première fois. . Les médecins professent toujours qu’il vaut mieux une épisiotomie qu’une grave déchirure.
La pratique de l’épisiotomie n’est pas sujet à discussion ni à polémique ; il n’y a aucune controverse à ce sujet : les études démontrent depuis 20 ans la nocivité certaine de cet acte, hors ses rares indications médicales avérées (6). La pratique de l’épisiotomie en France s’appuie sur des mythes, des croyances et des mensonges, dont pâtissent depuis plus de 20 ans les femmes et les bébés.
Concernant le sujet de l’incontinence urinaire d’effort, le Dr Verdys a complètement omis de dire que si le périnée des femmes françaises est délabré après accouchement (ce qui induit des incontinences urinaires d’effort), ce n’est pas seulement à cause des « transformations en cours de grossesse » et du «passage de la tête du mobile fœtale ». Non. Il est prouvé et démontré que ce qui délabre le périnée, c’est surtout (9) : - l’obligation faite aux femmes d’accoucher dans la position la pire qui soit : décubitus dorsal relevé ou non, pieds dans les étriers - l’expression abdominale, - la poussée en expir forcé, - l’utilisation systématique ou presque de la péridurale et des ocytociques - les actes qui découlaient de ces mauvaises pratiques : extraction instrumentale et épisiotomie.
Le docteur Verdys semble suggérer aussi que c’est parce qu’une épisiotomie n’est pas toujours bien reconstituée qu’elle peut être la cause de traumatismes. Elle sous-entend donc par là que l’épisiotomie est une bonne chose, sauf quand elle est pratiquée par des personnes qui ne savent pas la reconstituer après. Ce n’est pas ce que disent les études. Ce n’est pas ce que dit l’OMS. Ce n’est pas ce que dit la médecine factuelle. Et surtout : ce n’est pas ce que disent nombre de femmes qui ont souffert de cet acte, imposé parfois contre leur volonté exprimée, au mépris de la loi et du Code de Déontologie Médicale. L’épisiotomie est un acte chirurgical qui marque à jamais le corps de la femme, et qui peut être source de nombreuses pathologies dont vous pouvez consulter la liste sur notre site (10). L’épisiotomie, réalisée parfois contre la volonté de la femme (ce qui est légalement et déontologiquement condamnable) et sans aucune pathologie la nécessitant, peut induire aussi un syndrome post traumatique particulièrement handicapant à ce moment-là.
Enfin, le docteur Verdys affirme qu’ « il vaut mieux faire une épisiotomie que d'avoir une déchirure vaginale qui va toucher le sphincter anal». - Ce qui signifie, ipso facto, que l’épisiotomie protège le périnée : or les études (11) démontrent que l’épisiotomie ne protège aucunement, et même qu’elle provoque trop souvent de très graves déchirures touchant le sphincter anal – surtout quand elle est associée aux forceps. - l’expression «une grave déchirure vaginale qui va toucher le sphincter anal» est un condensé parfait de termes alarmants, qui vont avoir pour conséquence inévitable de terrifier les femmes, et de les résigner à subir ce coup de ciseau plutôt que de risquer une telle déchirure : or toutes les déchirures ne touchent pas le sphincter anal ! Si j’en crois de récents articles sur la question (12) , le taux de déchirures graves est d’environ 0,4% … (et selon un de ces articles, il double en cas d’épisiotomie …), ce n’est donc pas une pathologie courante ! et elle arrive souvent dans des conditions bien codifiées : * bébé « boulet de canon » qui arrive très vite * femme en position décubitus dorsal pieds dans les étriers * épisiotomie * utilisation d’extractions instrumentales.
Pour en revenir à votre émission, nous sommes vraiment effaré(e)s de constater qu’il est toujours dit, devant des millions de personnes, des affirmations qui sont fausses, inappropriées, parcellaires et non avérées. Pourtant, selon le Code de Déontologie Médicale, et la loi, le médecin doit au patient une information claire, fiable, loyale, appropriée, ne doit pas plébisciter et encourager des pratiques qui n’ont pas fait leurs preuves – et l’épisiotomie est vraiment très loin d’avoir fait ses preuves -, doit adapter le geste chirurgical à la situation que vit la personne (et l’épisiotomie n’est pas adaptée 9 fois sur 10 à ce que vit la femme), et proscrire tout acte chirurgical portant atteinte au corps quand il n’est pas absolument justifié. Dans la mesure où l’épisiotomie n’est absolument pas justifiée dans le cadre de la protection contre les déchirures périnéales ni contre les incontinences urinaires d’effort, elle peut être considérée comme un acte de mutilation. Et en ne corrigeant pas cette erreur, vous plébiscitez cet acte.
Nous vous remercions de faire le nécessaire pour passer un rectificatif public concernant les affirmations du docteur Verdys.
L’extrait retranscrit sur l’incontinence urinaire d’effort va être mis en ligne sur notre site, avec cette réponse. Nous faisons parvenir également copie de cette lettre au Docteur Verdys, à la Clinique Isis.
Nous vous prions de recevoir nos salutations distinguées.
Blandine Poitel*, Amélie Guyennot, Juliette Roux-Sire, Dorothée Guyot, Valérie Régnier Cunha, Frédérique Marlet, Barbara Strandman, Cécile Loup, Marlies, Delphine Calixte, Aurélie Riché, co créatrices du site : http://www.episiotomie.info/ - membres de la liste : http://fr.groups.yahoo.com/group/soutien-episiotomie/
(1) http://www.fraternet.org/naissance/CIANE/
(2) http://www.fraternet.org/afar/
(3) http://www.episiotomie.info/
(4) * http://afar.ws/episiotomie-collectif.htm * http://fr.groups.yahoo.com/group/soutien-episiotomie/
(5) * Episiotomie et déchirures périnéales : discussion autour d'un article publié dans « Le Généraliste » * L'épisiotomie ne prévient pas les déchirures sévères du périnée (C. Loup, B. Bel, A-M. Bosems, B. Poitel, B. Strandman) * La « vérité » sur l'épisiotomie (article de Nathalie Chahine dans PARENTS, juillet 2004, avec commentaires, rectificatifs, échanges de courriers...) * La controverse sur l'épisiotomie, ou faut-il continuer à prévenir les déchirures périnéales ? (Xavier FRITEL, Alain PIGNE, Patrick MADELENAT, JTA 1998) Lettre aux auteurs : L'épisiotomie n'est pas un sujet controversé ! (AFAR) * L'épisiotomie, une petite incision (MonAccouchement.com) >> Des banalités cent fois rabachées... (F. Bardes) >> Fausses et dangereuses aussi pour le corps médical... (B. Bel) >> Qu'appelez vous un accouchement "mal contrôlé"? (B. Poitel) * http://www.episiotomie.info/Articles/Nos_reactions/ Reponse_de_lequipe_a_la_definition_depisiotomie_donnee_sur_le_site_BBWeb.html
(6) http://fraternet.org/naissance/docs/episio-compil.pdf
(7) http://www.maternitywise.org/guide/
(8) http://www.who.int/reproductive-health/publications/French_MSM_96_24/index.html
(9) * Stewart et al. 1983, Liddell & Fisher 1985, Chen et al. 1987, Johnstone et al. 1987, Gardosi et al. 1989ab, Stewart & Spiby 1989, Crowley et al. 1991, Allahbadia & Vaidya 1992, Bhardwaj et al. 1995 * http://www.cngof.asso.fr/D_PAGES/PUMA_98.HTM * La physiologie du réflexe expulsif » (les Dossiers de l’Obstétrique, n°325, 2004), Dr Bernadette de Gasquet * http://www.shf-france.org/iblog/B1888685137/C972079501/E492521768/ * http://www.jpgtarbes.com/detail/archives/02070101.asp * http://www.gyneweb.fr/Sources/gdpublic/post-partum/episio.htm
(10) http://www.episiotomie.info/Dossiers/Lepisiotomie/Les_complications_depisiotomie_lever_le_voile.html
(11) * Sleep J, Grant A, Garcia J, Elbourne D, Spencer J, Chalmers I. West Berkshire perineal management trial. Br Med J 1984;289:587-90. * Harrison RF, Brennan M, North PM, Reed JV, Wickham EA. Is routine episiotomy necessary? Br Med J 1984;288:1971-5. * Klein MC, Gauthier RJ, Jorgensen SH, Robbins JM, Kaczorowski J, Johnson B et al. Does episiotomy prevent perineal trauma and pelvic floor relaxation? Online J Curr Clin Trials 1992, Doc No 10. * Argentine Episiotomy Trial Collaborative Group. Routine vs selective episiotomy: a randomised controlled trial. Lancet 1993;342:1517-8. * Dannecker C, Hillemanns P, Strauss A, Hasbargen U, Hepp H, Anthuber C. Episiotomy and perineal tears presumed to be imminent: randomized controlled trial. Acta Obstet Gynecol Scand 2004;83:364-8. * Hartmann C, Viswanathan M, Palmieri R, Gartlehner G, Thorp J, Lohr KN. Outcomes of routine episiotomy: a systematic review. JAMA 2005;293:2141-8. * Anthony S, Buitendijk SE, Zondervan KT, van Rijssel EJ, Verkerk PH. Episiotomies and the occurrence of severe perineal lacerations. Br J Obstet Gynaecol 1994;101:1064-7. * Angioli R, Gomez-Marin O, Cantuaria G, O'sullivan MJ. Severe perineal lacerations during vaginal delivery: the University of Miami experience. Am J Obstet Gynecol 2000;182:1083-5. * Wilcox LS, Strobino DM, Baruffi G, Dellinger WS Jr. Episiotomy and its role in the incidence of perineal lacerations in a maternity center and a tertiary hospital obstetric service. Am J Obstet Gynecol 1989;160:1047-52 * Riskin-Mashiah S, O'Brian Smith E, Wilkins IA. Risk factors for severe perineal tear: can we do better? Am J Perinatol 2002;19:225-34. * Carroli G, Belizan J. Episiotomy for vaginal birth. Cochrane Database Syst Rev 2000;2:CD000081. * Webb DA, Culhane J. Hospital variation in episiotomy use and the risk of perineal trauma during childbirth. Birth 2002;29:132-6.
(12) * http://www.medspe.com/site/templates/template.php?identifiant_article=244 * http://www.medspe.com/site/templates/template.php?identifiant_article=209
*Membre du comité de rédaction des Dossiers de l'Obstétrique , Co fondatrice du CIANE http://www.fraternet.org/naissance/CIANE/ , Membre de l'AFAR http://www.fraternet.org/afar/
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Interview donnée par le dr Michel Cymes au "tocsin" :
"Michel Cymes, chroniqueur de santé : je suis compétent parce que je suis médecin."
http://www.tocsin.net/dossier/5_sante/a_hypoco/itv_cymes.htm
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