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Forum sur l'épisiotomie
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"vous ne sentirez rien" (1 lecteur(s)) (1) Invité(s)
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SUJET: "vous ne sentirez rien"
#2383
pupuce (Utilisateur)
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graphgraph
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"vous ne sentirez rien" 5 Moiss, 3 Semaines ago  
je veux que ce site vive et que les gens sachent. Alors je raconte. Ames sensibles passez votre chemin, je n'épargne rien, il faut que ça sorte.

J'avais presque oublié cette histoire, je la trouvais normale de toute manière puisque c'était il y a 9 ans et j'étais alors primipare de 21 ans, soumise au corps médical, victime consentante car désinformée.

Aujourd'hui de nouveau enceinte, la date approche, et j'ai peur.

C'était il y a 9 ans. Personne ne m'a rien expliqué, pendant toute la grossesse. On m'a fait des examens, des piqûres, des touchers vaginaux, des échos, sans jamais m'informer. parce que j'étais jeune? Parce que le papa était parti? Parce que je n'étais qu'un organe?
Mère célibataire isolée, j'ai subi sans mot dire, sans même me douter que ça pouvait se passer autrement.

A l'accouchement, on m'a branché la péridurale en me traitant de chochotte. Il y avait 12 heures que j'étais là, avec un travail qui n'avançait pas. J'accouchais par les reins, et on m'avait juste posée sur un lit pour la nuit. Personne n'a rien proposé pour m'aider à gérer la douleur. Alors quand finalement le lendemain matin on m'a emmenée au bloc, j'ai demandé la péri, oui. Chochotte.

Deux heures après, le gynob est arrivé. Il a dit que je ne sentirais rien, je ne me doutais pas à quel point ce serait vrai.

La coupure je l'ai bien sentie, si. la péri spéciale chochotte ne marchait que d'un côté mais l'anesthésiste était tellement sympa qu'il ne l'a jamais cru. Bien sûr, l'épisio, on me l'a faite du côté où je sentais tout.

C'est après que je n'ai plus rien senti.
Après les douleurs de la cicatrisation, la démarche de canard pendant trois mois, après les hémorragies qu'ils disaient "normales" (1 mois et demi à saigner comme une truie c'est normal?).
Après oui je n'ai plus rien senti, jamais.

J'ai envie que ça se sache. Je n'ai pas été protégée de ça, et j'en veux à mort à tous ceux qui sont pour cet acte criminel.

Sachez que mon sexe a été coupé, mutilé. Qu'il n'a plus jamais retrouvé une apparence normale. J'ai un lambeau de chair qui pendouille entre les petites lèvres. Est-ce que quelqu'un sait ce que ça peut faire à une jeune femme de 21 ans?
Est-ce qu'ils y pensent ces andouilles?
va refaire ta vie sexuelle après ça. va montrer ce sexe lamentable à un homme. Comment? Comment tu acceptes le cunilingus avec ça? tu ne peux même plus accepter les préliminaires, tu as peur que juste au toucher ton partenaire remarque la chose. Comment expliquer à un homme que tu es mutilée à cet endroit? Un homme qui le plus souvent ignore tout de l'enfantement et encore plus de l'épisio?
Comment tu fais quand tu n'as même plus le courage de te montrer à un gynéco tellement c'est moche? Quand le seul gynéco que tu as osé consulter lui même te le dit? Quand il n'y a aucune solution?

Mais ça ce n'est pas le pire, non. ca c'est de l'esthétique, va, c'est pas grave, ça se dépasse, dix ans après.

Non le vrai problème c'est que tu as perdu ta sexualité.
Ton plaisir.

D'abord prendre du plaisir quand on a honte de son sexe c'est pas simple.
Mais s'il n'y avait que ça.

Je n'avais plus aucune sensibilité clitoridienne. Néant.
Et la coupure si bien cicatrisée m'avait gratifiée d'un vagin d'une largeur telle que j'aurais pu faire carrière dans le porno hard sans crainte. La honte, là aussi, en plus. Je ne sentais plus rien. Et n'importe quel homme aurait été au large là dedans. Quand on est jeune, avoir un passage vaginal de la taille d'une autoroute, c'est difficile à assumer.

la honte de ce sexe découpé élargi affreux m'a empêchée de faire la rééducation périnéale. J'étais incapable de montrer ça, et encore moins à un kiné!
de toute manière il n'y avait rien à rééduquer, va. Mutilée comme ça, autant rester incontinente, je me savais condamnée au célibat.

C'est au bout de deux ans que j'ai recommencé à retenir mes urines, et seulement au bout de 4 je n'avais plus de fuites en toussant ou en riant trop fort.

La 5eme année j'ai rencontré mon nouveau compagnon.
Il a fallu un temps fou pour que je me laisse approcher...je me laissais pénétrer mais je ne sentais rien, je regardais le plafond en priant pour qu'il n'aborde jamais le sujet de cette largeur inhabituelle chez une femme de mon âge. Je refusais tout préliminaire qui lui aurait permis de voir la chose, j'éteignais la lumière, je détournais son attention.
Nous sommes ensemble depuis 5 ans. J'ai réussi à apprivoiser mon sexe mutilé. J'ai réussi à passer le cap. J'ai retrouvé à la longue une petite sensibilité clitoridienne, mais on est loin de l'avant épisio.
La pénétration vaginale en revanche ne me fait toujours rien. il m'arrive de ressentir du plaisir selon les positions mais c'est très rare et j'ignore encore ce qui le détermine. Le point G peut être, mais va trouver ça à chaque fois...
Je n'ai jamais pu lui en parler. Je n'ai pas osé. J'ai peur qu'il ne comprenne pas, ce n'est qu'une petite incision, en fait, comment expliquer l'ampleur des conséquences?
Pour ma contraception j'ai toujours géré avec mon généraliste. Jamais d'examen gynéco, pas depuis mon premier enfant.
J'arrive à me montrer à un gynéco (plus le même évidemment)depuis 8 mois pour le suivi de grossesse mais les choses ne sont pas dites. Je ne peux pas aborder le sujet, je lis dans le regard du praticien de la pitié pour moi, je vois bien qu'il a vu...

Pourquoi vous dire ça aujourd'hui?

Parce qu'hier j'étais en cours de prépa à l'accouchement. la SF a jugé bon de reparler de ça. Elle est pour l'épisio, "sinon vous serez incontinente anale à vie".
Elle est contre les projets de naissance parce que "vos souhaits on s'en fiche c'est le bébé qui compte".

J'ai fait la maline, je suis partie la tête haute.
mais tout a été réveillé. J'ai peur.
J'ai les jetons, je ne veux pas aller accoucher, je suis tétanisée.
Je n'arrête pas de parler de l'accouchement avec mon homme, qui ne comprend pas pourquoi je stresse autant puisque j'y suis déjà passée. Je n'arrive pas à lui dire que j'ai besoin qu'il me protège, je n'arrive pas à aborder le sujet de la mutilation avec lui, il faudrait que je lui avoue que je n'ai que peu de plaisir par cette voie, il faudrait que je lui explique que ce n'est pas sa faute, les hommes sont fragiles et doutent beaucoup de leur puissance sexuelle, il aurait peut être peur que notre vie sexuelle soit foutue après cette naissance ci, je ne voudrais pas non plus faire naître d'autres angoisses que celles déjà inhérentes à la naissance...

Hier j'ai vu resurgir ma peur.
Aujourd'hui je parle pour que ça se sache.

je pense que si quelqu'un s'approche avec des ciseaux à mon accouchement, je deviendrai très agressive. On dira sans doute encore de moi que je suis révoltée et méchante si je fais ça. mais si je ne me défends pas je serai condamnée de nouveau et ce sera peut être pire cette fois...alors?

J'en suis à souhaiter d'accoucher chez moi. Seule. a ma manière. France, 2008, impossible, bin oui je sais. Hélas.

Je veux que ça se sache. Qu'on sache que certaines femmes mutilées à l'accouchement ne peuvent plus ni retenir leurs urines ni jouir ni gérer leur image corporelle.
On sait dire que c'est important pour d'autres situations comme les cancers du sein, il faut qu'on sache le dire aussi pour la naissance.

Nous ne sommes pas des organes. Nous sommes des femmes.Des êtres humains.

Pour mon premmier accouchement 10 personnes différentes ont mis leurs doigts dans mon vagin. Comme si elles en avaient le droit par défaut.
La 11ème m'a découpé le sexe.

Si on exclut la circonstance qui est à l'origine de ces actes, ça ressemble à un viol collectif aggravé d'acte de barbarie.

C'est la première fois que j'en parle. J'en parle parce que ça va se reproduire et que rien ne pourra me protéger.

Je vais avoir un enfant, c'est l'aboutissement de ma relation de couple et de notre projet de vie.

J'ai peur.

Je vais entrer dans une pièce, on va me mettre nue sur une table, jambes écartées, des mains étrangères vont me pénétrer plusieurs fois "pour voir à combien ça en est", et on va sans doute me découper le sexe une nouvelle fois.

Je vais pleurer et on dira que c'est la joie de la naissance de mon fils qui m'émeut.
Et moi je sais que je pleurerai de honte, d'humiliation, de douleur, comme on pleure quand on se fait violer, parce que c'est bien de ça qu'il s'agit.

Je ne dirai rien, on mettra ça sur le compte du baby blues. Mon bébé m'aidera à passer le cap, mon conjoint sera doux et tendre comme toujours, sans comprendre il me soutiendra parce qu'il sait que c'est ce qu'il faut faire.

Des gens entreront sans frapper dans ma chambre d'hôpital pour m'écarter les cuisses et laver la souillure de la mutilation, tous les jours, visites ou pas. D'autres viendront pour me prendre mon enfant et s'en occuper à ma place parce qu'un c.. de décideur a jugé qu'elles savaient mieux le faire que la mère. D'autres encore viendront en pleine têtée pour bouger mon fils dans tous les sens, comme elles ont fait pour le premier, pour qu'il "prenne bien". Il pleurera, on dira qu'il a des coliques et que c'est ma faute parce que je ne lui donne pas bien le sein. Je pleurerai et on repartira de ma chambre en me laissant une ordonnance pour le baby blues.

Je rentrerai chez moi et une je ne sais quoi de la pmi viendra toutes les semaines vérifier que je suis bien rentrée dans le rang, pèsera mon enfant, le mesurera, me laissera un jour une ordonnance pour un lait meilleur que le mien.

Je resterai mutilée, je saignerai, j'aurai du mal à marcher, on me dira que je m'écoute et que ce n'est qu'un accouchement, quand même.

Quand on m'aura tout volé, on me laissera là, et je devrai survivre à tout ça et me battre chaque jour pour que mon couple tienne malgré tout et pour que ma famille s'unisse autour de cette naissance qui pour moi n'aura été qu'une épreuve terrible et que je devrai raconter comme un évènement merveilleux, magique, sous peine de passer pour un monstre qui veut affoler les foules.

Dans deux mois je devrai reprendre une activité professionnelle.
Confier mon bébé à une autre pour gagner de l'argent, faire comme si de rien, avoir l'air épanouie. Personne ne verra que je cours aux toilettes toutes les heures entre les hémorragies et les fuites urinaires.
Je devrai reprendre une activité sexuelle. Cacher ma douleur et l'absence de plaisir.

Ce que je vous ai raconté n'existe pas officiellement. Ce ne sont que des racontars de bonnes femmes névrosées qui cherchent à attirer l'attention. L'épisiotomie est un acte banal, indolore et sans conséquences, ça vaut mieux que la déchirure et puis de toute manière on ne le fait plus systématiquement,l'accouchement est respecté en France, nous sommes un pays évolué.

Bienvenue dans ma vie, je suis une femme de ce siècle.

Et j'ai peur d'accoucher, oui.


Merci de m'avoir permis d'exprimer tout ça, ça fait presque 10 ans que je l'avais sur le coeur.
Merci à tous ceux et celles qui se battent pour que ces pratiques cessent.

Je ne serai pas forcément sauvée cette fois, mais ce n'est pas grave, dans mon cas le mal a de toute manière été fait.
J'espère juste que les générations futures échapperont à cette manière affreuse de donner la vie.

Bien sûr il y a pire, ce n'est pas grave sur l'échelle des malheurs qui peuvent arriver, il vaut mieux ça qu'un cancer, qu'un accident...mais justement, puisqu'il y a pire, puisque justement la vie est assez dure comme ça, puisque c'est évitable, pourquoi continuer?
 
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#2384
Dorothée (Admin)
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graph
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Re:"vous ne sentirez rien" 5 Moiss, 3 Semaines ago  
Que de souffrances, d'amertume dans ton témoignage... et combien de femmes dans ton cas, qui se taisent, par honte, par peur de ne pas être écoutées...
J'ai souffert, mais j'ai pu en parler, très vite, et agir, informer. Ca n'efface rien mais ça aide à panser mes blessures, de me dire que je peux éviter ça à d'autres en les informant.

Les choses peuvent bouger, et il ne faut pas se laisser faire. Personne n'a le droit d'infliger de telles souffrances à quelqu'un, et tu n'as pas a repasser par là. La SF qui te fais les cours de prépa devrai un peu s'informer des dernières mises à jour en matière d'accouchement et d'épisiotomie. Tous les experts s'accordent pour dire que la position gynéco est une aberration, et que l'épisiotomie n'est indiquée que dans de (très) rares cas (bien qu'encore trop pratiquée aujourd'hui...)

Personnellement, pour être sure d'être respectée, j'ai choisi de mettre mon deuxième bébé au monde chez moi, c'était en décembre 2007 (sous la surveillance d'une sage-femme qui m'a suivit tout au long de ma grossesse, et qui me suit encore maintenant pour la réeducation et la contraception ), et cette naissance dans la douceur de mon foyer a aussi réparé beaucoup.

Je t'envoie un million de chaudoudoux, et non, il n'est jamais trop tard pour "guerrir", même si le chemin est plus ou moins long pour chacune d'entre nous. Tes mots ici sont un premier pas, n'hésite pas, ici c'est TON espace de parole et celui de beaucoup de femmes qui veulent changer leur condition, au XXI° siècle !
 
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#2385
Gabriela (Utilisateur)
Nouveau
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graphgraph
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Re:"vous ne sentirez rien" 5 Moiss, 3 Semaines ago  
Bonjour,
Je viens de lire ton témoignage et encore une fois ça me rend triste. Je dis « encore une fois » parce que j’ai déjà lu beaucoup de témoignage qui ressemble au tien. L’idée que j’aurai pu passer par là me terrifie. J’ai envie d’avoir un enfant et depuis janvier 2008 je n’arrête pas de lire et de me documenter sur internet.

Parler avec mon mari de l'épisiotomie, de la péridurale et d’autres choses ça n’a pas étais chose facile. Il me disait « arrête de lire des témoignages qui font peur ». Mais, je n’ai pas arrêté ; j’ai continué à lire parce que chaque témoignage m’apprends aussi des choses, tout en lisant des documents écrits par des professionnels. Je ne voulais pas faire un enfant avec un homme qui « ignore tout de l’enfantement et encore plus de l’épisiotomie ». Alors, j’ai cherché, cherché et enfin trouver les mots pour le convaincre que mes peurs ne sont pas injustifié. Et il a compris. Ca nous a pris beaucoup d’heures de discussions, mais il a compris.

Plus le temps passe, plus je lis et plus je suis « armé » même si on ne sait jamais tout. Et au moment venu je ne me laisserai pas faire, du moins je vais essaie.
« Nous ne sommes pas des organes. Nous sommes des femmes. Des êtres humains. »
Et nous avons le droit d’être respecté.

En tant que femme je n’arrive pas à croire qu’il existe des sages-femmes qui puissent dire "vos souhaits on s'en fiche c'est le bébé qui compte". Je suis révolté. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour changer les mentalités.

Je te souhaite du courage pour le prochain accouchement.
 
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#2390
Cilou (Utilisateur)
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graphgraph
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Re:"vous ne sentirez rien" 5 Moiss ago  
Bonjour Pupuce,

Je ne peux même pas dire que je suis triste de ton témoignage, je suis horrifiée ! Pour ce second bébé, tu n'es pas obligée de te plier à une seconde épisiotomie, et tu n'es pas obligée d'entendre les conn... de cette sage-femme en cours de préparation. Je pense qu'il serait vraiment très important que tu parles avec le gynéco qui suit ta grossesse, tu ne peux pas rester comme ça. Est-ce que tu as jamais envisagé de parler avec un ou une psychologue ? Oh ca ne réparera pas, on est bien d'accord, mais pour t'aider au moins à surmonter ton impossibilité d'en parler. De mon côté si tu me contactes en perso je peux écrire une lettre au nom de l'AFAR (Alliance Francophone pour l'Accouchement Respecté) à la maternité pour au moins leur rappeler les conclusions et les recommandations du Collège des obstétriciens sur l'épisiotomie qui datent de 2005. On ne peut pas laisser des SF continuer à dire des sottises aussi énormes en toute impunité. Si tu es d'accord je garderais ton anonymat (mon adresse : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir ).

Cilou
 
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