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L'épisiotomie, ce n'est plus automatique
Que les futures mamans se rassurent. L'épisiotomie n'est plus une fatalité. Son usage systématique a été remis en cause par les spécialistes. Les obstétriciens et les sages-femmes doivent désormais éviter autant que possible cette incision du périnée.
Le petit Aaron s'est enfin endormi. Sa maman en profite pour faire quelques pas dans le couloirde la maternité. "L'accouchement s'est super bien passé. Et je n'ai même eu d'épisiotomie", lâche Julie, soulagée. Son allure en atteste. Rien à voir avec cette démarche en canard si typique des suites d'une épisiotomie. Plus besoin non plus de dégoter hors saison une bouée gonflable, accessoire indispensable pour s'asseoir sans douleur. Aujourd'hui, comme de plus en plus de femmes, Julie a bénéficié des dernières recommandations des spécialistes. Cette incision chirurgicale du périnée, censée faciliter la sortie du bébé et prévenir l'incontinence urinaire, ne doit plus être systématique. Au contraire, elle doit être adoptée en dernier recours et avec l'accord de la patiente.
Une pratique très ancienne
Un chagement de cap qui met fin à une pratique ancienne. La première épisiotomie date de 1742. A l'origine, l'_object_if était simple : éviter une déchirure grave en incisant sur environ 3cm l'anneau vulvaire sur le périnée, dernier obstacle que doit franchir le bébé. Un geste de prévention croyait-on alors, qui va se répandre pour connaître à partir des années 70 un franc succès. Dans les salles d'accouchement, c'est même devenu le geste technique le plus fréquent, après la section du cordon ombilical... Quasiment toutes les femmes qui accouchent pour la première fois y ont droit. Même chose en cas de forceps ou de ventouse, d'accouchement par le siège, pour des jumeaux ou en cas de souffrance foetale lorsqu'il faut hâter la naissance. Les taux d'épisiotomie flirtent alors avec les sommets, plus de 80% en France, 95% aux Etats-Unis. "C'était l'époque où l'on se faisait tancer si l'on n'avait pas pratiqué cette incision chez une primipare", se souvient Bernard Jacquetin, chef du service gynécologique au CHU de Clermont-Ferrand. Il faudra attendre la fin des années 80 et la pression d'associations de femmes aux Etats-Unis, au Canada, et en Grande Bretagne pour voir cette pratique peu à peu remise en cause. "Les femmes ont toujours eu peur de cette incision sur le sexe féminin. Il est légitime qu'elles demandent des comptes", explique Cécile Loup, porte-parole du Collectif interassociatif autour de la naissance. Aujourd'hui encore, le Ciane milite pour une baisse drastique des épisiotomies.
Un geste de plus en plus contesté
De fait, les témoignages de celles qui n'ont pu y échapper sont souvent douloureux : "L'interne a commencé à me recoudre à vif. Ensuite j'ai mis une semaine pour pouvoir m'asseoir sans douleur", raconte Stéphanie, mère d'un petit Léo. Aujourd'hui elle veut un deuxième enfant. Pudique, elle confie qu'elle a mis plusieurs mois avant de pouvoir refaire l'amour. Alors elle a peur qu'on la recoupe. Dans les pays anglo-saxons, les mouvements de protestation ont pris de l'ampleur. Les associations de patientes réclament désormais des preuves de l'efficacité de cette technique. Des études sont lancées. Conclusion ? Il n'y a aucun bénéfice à pratiquer l'épisiotomie de façon systématique. Ni en matière de déchrirures graves, ni même pour prévenir l'incontinence d'effort. "Il vaut mieux une petite déchirure qui cicatrise rapidement et sans douleur qu'une épisiotomie dont les suites parfois douloureuses", analyse l'obstétricien Bernard Jacquetin. Face à ces résultats, l'Organisation Mondiale de la santé (OMS) recommande officiellement de réduire les taux d'épisiotomie et évoque même le chiffre de 10%.
_object_if : un taux en dessous de 30%
En France, on en est encore loin. En 2004, 68% des primipares y ont droit et 31% des multipares, soit un taux global de 47%, contre 6% pour la Suède ou 13% pour la Grande-Bretagne. Le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNOGF) réclame en 2005 une politique incitative pour faire baisser progressivement le taux moyen d'épisiotomie en dessous de 30%. "C'est une première étape", se justifie le Pr Jacquetin, président à l'époque du groupe d'experts du CNGOF. Pour lui, le taux idéal tourne plutôt autour de 15%, mais difficile de changer les pratiques de toute une profession en un jour. "Il faut d'abord convaincre", explique-t-il. Toutes les études scientifiques sont pourtant formelles : l'épisiotomie doit être l'exception. "C'est du cas par cas", précise Frédérique Teurnier, présidente du Collège national des sages-femmes. Un périnée court, c'est à dire une faible distance entre l'anus et la vulve peut être une indication, tout comme un périnée fragilisé par une précédente déchirure, mais ce n'est plus systématique. En fait, tout dépend de l'expérience et de la volonté du praticien et de son équipe. Pour un accouchement par le siège ou aux forceps, certains préfèrent inciser alors que d'autres s'en passent, sans complications.
Motiver les équipes pour aller plus loin
A la tête d'une maternité de niveau 3, le Pr Bernard Jacquetin raconte comment son équipe a pu réduire le recours aux épisiotomies pour atteindre seulement 18,2% en 2007 : diffusion de l'information, explications des arguments scientifiques ... Et surtout, mise en place d'indicateurs pour motiver les équipes. Par exemple, les taux individuels de pratique d'épisiotomie sont affichés dans le service de façon anonyme. Chacun peut ainsi se rendre à l'évidence : des collègues pratiquent des accouchements avec un minimum d'épisiotomies, sans avoir pour autant une augmentation des déchirures graves. Du coup, "les sages-femmes qui faisaient 70% d'épisiotomies sont vite descendues à 30%", précise le Pr Jacquetin. Autre outil, informer les patientes. Si la future maman manifeste sa réticence, le praticien devra la prendre en compte, dans la mesure du possible évidemment. "Globalement, la pratique de l'épisiotomie en France est en baisse, mais cela reste encore trop souvent à la bonne volonté des équipes médicales", dénonce Cécile Loup, porte-parole du Ciane qui évoque ces fiefs qui résistent. "Il y a peu, en salle d'accouchement, une jeune femme voit la sage-femme préparer un plateau avec des ciseaux. Elle s'inquiète et demande si on va lui faire une épisiotomie. "Ne vous en faite pas. Ca ne vous regarde pas!", lui a-t-on répondu. La bataille n'est pas encore gagnée.
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Encadré : Protéger son périnée : les bons gestes
Plusieurs pistes sont actuellement explorées dans les maternités pour limiter le recours à l'épisiotomie.
Une bonne préparation
Lors des séances de préparation à l'accouchement, certaines sages-femmes conseillent aux futures mamans un massage périnéal. A partir du 7e mois de grossesse, elles peuvent assouplir le noyau fibreux du périnée en le massant avec de l'huile de parafine, par exemple. Quelques minutes chaque jour prépareraient les tissus à se détendre plus facilement pour faciliter le jour J, le passage du bébé.
Les positions pour accoucher
S'allonger sur le côté avec la cuisse remontée sur la poitrine jusqu'au moment où la tête du bébé s'engage semble réduire le recours à l'épisiotomie : la pression sur le périnée est moins grande et le muscle moins distendu. Les positions accroupies ou suspendues peuvent aussi dans certains cas apporter une amélioration. Dans la dernière phase du travail, certaines sages-femmes peuvent aussi aider le périnée a se détendre en douceur grâce à un massage et à des applications de compresses chaudes.
Une respiration en douceur
La respiration bloquée se pratique au début du travail pour faire descendre le bébé. Ensuite, pour éviter trop de pressions sur le périnée, mieux vaut "pousser sur l'expire" comme disent les professionnels. Il s'agit de prendre une grande inspiration et de pousser en soufflant, comme pour gonfler un ballon.
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