Bonjour à toutes.
je suis Sabrina, une "jeune" sage-femme (même si je n'aime pas ce terme). je travaille dans une maternité de 700 accouchements. je connais la théorie, celle qu'on nous enseigne à l'école, la pratique, les réalités du terrains, les moyens que l'on a.
J'aime les accouchements non médicalisés. Quand j'aurais la chance de mettre au monde mon premier enfant, j'aimerais que cela se passe à mon domicile.
je pense qu'avant de débattre, une présentation était nécessaire.
Quand je lis tous vos témoignages, j'ai l'impression de voir des murs se heurter."je veux, je veux pas/il faut, il faut pas".
je comprends vos envies à toutes mais j'aimerais modérer un peu tous ces propos.
Le projet de naissance : il sert à discuter de vos envies. il est vrai que je trouve celui-ci un peu trop mielleux au début. Mais bon, c'est pas bien grave en soi.
Ensuite, je me dis que le projet doit parler de ce que vous voulez, non pas parce que telle étude l'a dit ou parce que telle sage-femme vous a dit que, mais parce que vous en avez vraiment envie.
Ensuite, il y a les réalités du terrain. le fonctionnement de la mat où vous allez accoucher. Peut-être que vous pourrez faire des compromis?
L'épisiotomie : je n'aime pas en faire et je n'aimerais pas qu'on m'en fasse. 3 points sont à aborder avec le médecin et la sage-femme:
1. Si vous n'en voulez absolument pas, il faut accepter le risque de périnée complet compliqué : déchirure mettant en communication le vagin et l'anus. c'est ce qu'il vous faudra dire au médecin et à la sage-femme qui vous reçoit avant la naissance. ce risque est rare, vous avez confiance en vous? tant mieux, c'est votre périnée, c'est vous qui voyez.
2. Si vous acceptez ce risque, sachez que le médecin devra recoudre cette déchirure (ce qui n'est pas très facile) et le fera peut-être sous anesthésie générale?
il faut donc que lui aussi accepte de prendre ce "risque" au nom de tous ses confrères qui pourraient être de garde ce jour là. (toutes les sages-femmes ne seront pas prêtes à se faire engueuler pour n'importe quelle patiente)
3. en cas de souffrance du bébé, un périnée trop tonique peut-être un obstacle difficile à franchir et pas d'épisiotomie retarde cette expulsion. Il faut alors accepter de prendre le risque d'un bébé qui va mal. Quand vous direz cela en consultation, peut-être qu'on vous demandera alors de présenter ce PN au pédiatre ?
Le travail:
1. le cathéter: pour ma part, il est indispensable pour un accouchement en maternité.
Oui, il y a plus de risque en cas d'antécédent, de déclenchement, d'ocytocine, et de tout ce que vous voulez.
Mais il suffit d'une femme qui saigne à mort sans tous ces facteurs de risque sur 10000000 même pour que je mette un KT à toutes, pour que le jour où je tombe sur cette femme, je gagne un temps vital.
n'oublions pas qu'avant, il n'existait pas de péridurale, pas de déclenchement, pas d'ocytocine, pas de perf , pas d'épisiotomie et que le taux de mortalité maternelle par hémorragie de la délivrance (1ère cause de mortalité maternelle en France) était très élevé. Ne dénigrons pas les progrès de la médecine.
Donc, je pose un cathéter (si possible sur le bras , là où ça gêne le moins), je mets un prolongateur pour ne pas faire mal à la femme si je dois mettre une perf un jour et un peu d'héparine pour que ça ne se bouche pas. Ensuite on en parle plus. de toutes façons, si je ne mettais pas de kt, je ferais quand même une prise de sang donc je pique une seule fois avec un kt.
2. le monitoring : possibilité de le mettre en discontinu si accouchement naturel (pas d'ocytocine, pas de risque).
de toutes façons, même avec un monito, une femme peut se mettre assise, couché, à 4 pattes, debout....à vous d'oser.
3. la rupture de la poche des eaux : je ne le fais plus, même à dilatation complète (sauf, peut-être s'il y a stagnation de la dilatation depuis 3 ou 4 heures, pour éviter de passer en césarienne ? ).
4. la péridurale : si la femme est catégorique, elle n'en n'aura pas, même si elle craque à 8cm. Mais quant à proposer d'autres alternatives (sans perf si j'ai bien compris)....tout dépend d'elle : je ne connais pas l'homéopathie ni l'acupuncture. et pour les massages, encore faudrait-il que j'ai le temps (seulement elle à m'occuper) et qu'elle soit sympa avec moi....(parce que ras le bol des femmes agressives ou désagréables de nature)
Les soins du nouveau-né :
1. l'aspiration : oui geste invasif mais oui pour dépister toutes ces atrésies. Ceci dit, je ne prendrais la responsabilité de ne pas le faire seulement si la femme avait ce projet de naissance signé avant la naissance et si le bébé va bien.
Même si je suis de celles qui le font à chaque fois, j'avoue ne pas me précipiter dessus quand tout va bien. Et si bébé a déjà tété, alors ça n'est plus la peine pour l'oesophage, mais je fais quand même les choanes.
2. les vitamines : je les donnerais à mon bébé (même si ça n'a pas bon goût) parce que ça ne lui fait pas mal et que je pense que ça peut être utile.
3. le collyre : je lui mettrais aussi juste au cas où, même en accouchant à domicile . Maintenant, on est pas obligé de lui sauter dessus à la naissance c'est sûr et ça peut attendre 1 heure ou 2. mais la femme peut avoir des germes tels que gonoccoque, chlamydia, qui n'ont rien à voir avec l'hygiène mais qui transmis au bébé, peuvent être responsables de cécité.
Je ne prendrais pas ce risque pour mon bébé.
En tant que sage-femme je ne connais pas l'hygiène et la présence de tels germes pour toutes les femmes que je voient accoucher, alors je continuerais de mettre ces gouttes à tous les bébés, tant que ces même sfemmes ne m'amèneront pas de projets signés et validés par le pédiatre.
Bon, désolée d'avoir été longue.
Pourquoi, je ne veux avoir l'accord de tel ou tel toubib avant? Parce que je ne veux pas me prendre des procès pour rien!
Saviez-vous que des gens font un procès parce qu'ils ont refusé que le gynéco intervienne lors d'une dystocie des épaules mais que du coup, leur enfant est handicapé? Et ce genre de cas arrive de plus en plus. C'est pour ça que vos projets peuvent ne pas être respectés.
Je pense qu'il ne faut pas faire passer les choses en force : dites que vous ne ferez pas de procès si tout est respecté comme vous voulez et ça passera mieux que de dire "je vous ferais un procès si vous ne faites pas comme je veux"
Maintenant, il m'arrive de recevoir un couple avec lequel le courant passe tellement bien que je peux accepter ce risque(même sans validation préalable) en expliquant les choses: cela s'appelle la confiance mutuelle.
J'ai surement oublié des trucs ou dévié du sujet principal mais mon post est déjà long !
