Pour
ou contre lépisiotomie ?
Réalisée
de façon quasi-systématique en cours daccouchement jusquau
début des années 1990, lépisiotomie est aujourdhui
pratiquée avec plus de circonspection. Explications du Dr Paul
Cesbron, chef de service de la maternité de lhôpital de
Creil.
Lépisiotomie est une pratique obstétricale empirique née il y a 250 ans.
Elle consiste à inciser la vulve et les muscles du périnée dans
le but de faciliter la sortie du bébé. Elle a pour objectif
présumé de diminuer les déchirures graves du périnée, de prévenir
les prolapsus (descente dorganes) et les incontinences
deffort, tout en permettant une expulsion plus rapide
de lenfant. Dabord restée relativement confidentielle,
cette pratique sest répandue à partir des années 50 dans
les pays anglophones, puis en France. Dans les années 70-80,
on prône même sa systématisation, en particulier chez les primipares
(femmes qui accouchent pour la première fois), pour atteindre
90 à 95 % des accouchements aux Etats-Unis et jusquà
80 % en France.
De
moins en moins systématique
Aujourdhui,
force est de constater que les services font marche arrière
et que cette systématisation est de plus en plus remise en question.
Dès les années 80, sous la pression des organisations de femmes
aux Etats-Unis et au Canada, des voix sélèvent pour demander
une évaluation précise de lépisiotomie. Les résultats
de la première grande étude épidémiologique paraissent en 1984
dans le British Medical Journal et concluent quil ny
a pas de bénéfices à pratiquer lépisiotomie de façon systématique,
ni pour le nouveau-né, ni en matière de prévention des déchirures
périnéales graves. Ces nouvelles données aboutissent à une recommandation
de lOMS du début des années 90, selon laquelle le taux
dépisiotomie ne devrait pas dépasser 20 % des accouchements.
Aujourdhui, on dispose également détudes sur le
long terme1 qui démontrent que lépisiotomie
ne constitue pas un facteur de prévention du prolapsus ni de
lincontinence deffort. La pratique de lépisiotomie
doit donc devenir de plus en plus sélective. Elle est généralement
envisagée pour la naissance des gros bébés, les présentations
en siège, lorsquil y a forceps ou que le périnée de la
mère est court.
En
2000, les Etats-Unis ne réalisaient plus que 20 % dépisiotomies.
En France, 35 % des femmes sont concernés2.
Son indication doit être dautant mieux réfléchie que les
inconvénients sont réels. Les pertes sanguines en cas dépisiotomie
médio-latérale équivalent à celles occasionnées par une césarienne
programmée. Une épisiotomie est plus longue et douloureuse à
cicatriser quune déchirure spontanée.
Sophie
Pensa
1
- Etude "Berkshire perineal management trial" de Sleep
et Grant
(British Medical Journal 1987)
2 - Obstet.Gynecol.2002;99: 395-400. J.Goldberg et col.

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